Émilie Ehret, participante du 4L Trophy, se confie à Première Place

10/04/2017
Journal de bord

Émilie Ehret a pris le temps de répondre aux questions posées par Première Place, son sponsor lors de la course. Nous sommes ravis de l’avoir rencontrée et nous la remercions pour le temps précieux qu’elle nous a accordé. Découvrez les anecdotes d’Émilie lors de son périple dans le désert du Maroc au volant d’une 4L. 

La course s’est-elle déroulée comme vous l’espériez ?

« La course est allée bien au-delà de nos espérances, aussi bien dans la vie sur le bivouac que dans la course. On ne l’a pas fait pour la compétition, ni pour gagner, mais à la fin de la première étape, on était classé 83ème. Donc on s’est dit que si on pouvait continuer comme ça, ça nous ferait un petit plus. Malheureusement, lors de la 2ème étape, le câble du compteur a cassé. Au bout de 30 km, on se rend compte qu’il n’y a plus la vitesse et que les kilomètres ne tournent plus. Pour être bien classé, il fallait faire au plus proche de la distance indiquée dans le Roadbook, on avait le droit à une certaine marge en dessous du kilométrage indiqué sur l’itinéraire, mais comme on en avait fait 30 au lieu de 104, on était hors classement sur la journée. Donc, nous étions déçus puisque notre classement a chuté, alors que sur les étapes suivantes on avait fini 31ème et 15ème. Classement final : 676ème sur 1450, alors qu’on aurait pu être dans les 20 premiers.

Bivouac 4L

En rentrant on est donc passé au stand des mécanos pour faire changer le câble compteur et voir d’où venait la perte de puissance de la voiture qu’on avait remarqué. On a finalement dû démonter le carburateur pour le nettoyer : il était plein de sable ! Et on a aussi resserré les courroies : des choses qu’on n’avait jamais faites mais on a appris sur le tas avec le mécano et les autres participants présents au stand mécanique. Finalement, ça a été notre seul problème de toute l’aventure, et heureusement, un souci mineur ! »

Voiture Mécanique 4L

 

L’entraide entre les participants vous a-t-elle été utile dans certaines situations ? Avez-vous aidé d’autres participants ?

« L’entraide a été présente tout au long de l’aventure, que ce soit sur la route, sur les pistes, ou sur le bivouac. On a surtout eu besoin d’aide lorsqu’on s’est retrouvé ensablé, même si notre 4L repartait facilement et ne s’enfonçait pas trop. Dans ces moments-là, on aidait aussi les autres. Pousser et tirer les voitures, creuser pour dégager les roues et mettre les plaques de désensablage : on a fait notre sport ! Je me suis retrouvée une fois à moitié allongée sous une voiture pour dégager le sable tellement elle était enfoncée dedans ! Sur ce coup-là on était que des filles, les garçons étaient occupés à désensabler de pires situations !

Désensablage voiture 4L

Pour les problèmes mécaniques, comme on s’y connaissait très peu, on n’a pas pu aider les autres. Cependant, quand on était au stand mécanique, comme il n’y avait qu’un mécanicien pour 3 voitures ou plus, on demandait de l’aide aux autres participants et on s’entraidait pendant qu’on attendait : on faisait ce qu’on pouvait mais surtout on évitait de rester les bras croisés.

En ce qui concerne l’orientation, il nous est arrivé un petit truc assez marrant : 200 à 300 voitures se dirigeaient dans la mauvaise direction. En fait on se suivait, et comme ces 200-300 voitures étaient les premières, on a bêtement suivi : on n’a pas vu le virage à un moment donc on a continué tout droit. Résultat : on allait vers l’Algérie et heureusement qu’on avait les balises GPS. Là, l’hélicoptère passe au-dessus de nous pour remonter la file de voiture jusqu’à la première et un 4×4 de l’organisation nous dépasse à toute vitesse pour nous faire signe de faire demi-tour. On s’est donc perdu, mais en groupe !

File voiture 4L

On s’est aussi perdu une deuxième fois, sur la dernière étape qui était l’étape marathon. On était bien et tout d’un coup, Thibault qui était co-pilote à ce moment, perd tous les repères et ne sait plus où on est par rapport aux indications. On était un groupe de 4 voitures, et d’autres étaient arrêtées au même endroit. Finalement, une voiture part, et on suit. On devait s’arrêter avant la tombée de la nuit lors de cette étape, donc on pouvait s’arrêter où on voulait, mais on voulait atteindre le point d’arrivée intermédiaire. On a donc suivi en roulant très vite, Thibault a retrouvé un repère ou 2, puis les a de nouveau perdus. On roulait, on roulait, je suivais celui qui était devant et qui semblait être sûr d’où il allait. Et là, on voit l’arche de point d’arrivée intermédiaire ! On avait manqué deux points de contrôle (qui n’étaient pas obligatoires mais permettaient de se repérer) et finalement on a fait 2 km de moins que prévu et on ne sait toujours pas comment on a fait, ni comment on y est arrivé ! »

Avez-vous fait des rencontres qui ont marqué vos esprits parmi les autres participants ?

« Parmi les autres participants, on a fait beaucoup de rencontres. On s’est finalement retrouvés avec 3 voitures, tous des alsaciens (sans le faire exprès !). On avait rencontré 2 filles sur le bateau, et finalement on s’est retrouvé avec elles sur la première étape sans faire exprès et 2 autres voitures se sont jointes à nous. On a donc fait la route avec eux tout le temps. Par contre, sur le bivouac, même si on mettait nos tentes ensemble, on se séparait de temps en temps. Donc pendant les repas du soir, Thibault et moi on s’est retrouvés à jouer à la belote pendant 2 heures avec un autre équipage, à discuter toute la soirée avec un autre équipage un autre soir… On rencontrait toujours de nouvelles personnes, mais souvent on ne les revoyait plus après. Sur la route d’Espagne à l’aller, une voiture nous a suivis pendant près de 300 km, on a essayé de les retrouver sur le bivouac au Maroc, mais autant chercher une aiguille dans une botte de foin ! »

Rencontres 4L

Et parmi les personnes rencontrées sur place ?

« On a passé une après-midi avec les enfants marocains, mais ils sont très timides et réservés malgré les activités et les jeux. On a fait du foot, des courses en sac, certains les ont un peu initiés au rugby, on a dessiné, et fait plein de jeux.

Foot 4L

On a aussi rencontré un Berbère dans les dunes, qui vendait des cheichs, et il nous a raconté un peu son histoire. Il faisait des dessins dans le sable et nous a appris à mettre les cheichs.

Il y avait aussi beaucoup d’enfants sur la route, qui mendiaient. Quand on s’est une fois arrêtés pour attendre les autres, des garçons de 8 à 12 ans sont venus nous parlé. Ils ont commencé en français (ils parlent tous français) et d’un coup, il y en a un qui commence à nous parler en anglais ! On était étonné et impressionné ! »

Quel est le moins bon mauvais souvenir de la course ?

« Il n’y a pas vraiment de mauvais souvenir, mais on a passé UN mauvais moment. La deuxième nuit en bivouac au Maroc, on était à Boulajoul. Déjà la route pour y arriver, on avait eu pluie, neige, brouillard, bref pas un temps marocain. Arrivés au bivouac, il faisait plutôt froid, gris, du vent, mais pas de pluie. Et plus la journée avançait, plus il commençait à y avoir un mauvais temps. Il a commencé à pleuvoir, et pas qu’un peu ! On est allés manger en espérant se réchauffer, mais le temps de trouver de la place, tout était froid. Il y avait toujours des grands feux où ils servaient le repas, et tout le monde se pressait autour. Finalement il a fallu revenir à la tente pour se coucher et dormir, mais malgré nos multiples couches et le sac de couchage grand froid, on a mal dormi. L’humidité, le froid, et les trombes d’eau toute la nuit n’ont pas aidé. Impossible de se réchauffer, c’était l’horreur. On était contents de retrouver la voiture pour partir et de mettre le chauffage à fond ! »

Désert 4L

Quel plus beau souvenir gardez-vous de cette expérience exceptionnelle ?

« Des bons souvenirs il y en a énormément. C’est très difficile de choisir. L’après-midi avec les enfants était géniale, on a fait tellement de jeux et d’activités, c’était un vrai plaisir ! Il y a aussi la découverte du Maroc avec ses paysages variés et splendides, et les personnes qu’on a rencontrées.

4L trophy

On a vécu tellement de choses que j’ai l’impression de ne pas encore avoir tout enregistré. L’aventure toute entière est un souvenir incroyable et indescriptible. Beaucoup le disent et je suis d’accord avec eux : « Le 4L Trophy ne se raconte pas, il se vit« . »

Regrettez-vous quelque chose ? Auriez-vous fait quelque chose autrement avec le recul ?

« Les seules choses que je regrette sont minimes : on aurait dû prendre une GoPro pour filmer, on aurait dû faire une balade à Dromadaire (on n’a pas pu par manque de temps), et si je peux refaire le 4L Trophy, je prépare la voiture moi-même et je la garde !

Et simplement, c’était trop court !

Je pense que j’ai dit ici les plus grands moments qu’on a eus pendant ce raid. En revenant, je ne voulais qu’une chose : repartir. Alors que ce soit avec ou sans le 4L Trophy, je retournerai au Maroc, même si le 4L Trophy nous apporte cette vie en groupe qui est extraordinaire. Ça faisait bizarre de se retrouver seule en rentrant.

Cette aventure nous a coupé de la vie de tous les jours et ça a fait du bien, c’est un autre monde ! »